Le mouvement des “femmes traditionnelles” actuel vient des pays anglo-américains et prolifère sur les réseaux sociaux depuis les années 2010. Cependant, il n’est pas nouveau. « C’est une stratégie politique déjà utilisée dans la dictature franquiste par exemple, analyse Simone Deslarzes, doctorante à l’Université Toulouse Jean-Jaurès. L’État encourageait les femmes à rester à la maison. Une mission bénéfique au gouvernement, qui économisait sur une partie des services publics. »

Un paradoxe

Aux États-Unis, on retrouve nombre de ces tradwives dans les milieux évangéliques d’ultra-droite. « Elles se présentent comme des féministes en voie de rétablissement. Dans une société patriarcale et capitaliste, elles promeuvent paradoxalement des discours d’empouvoirement », détaille l’experte. Il existe deux profils de tradwives : de très jeunes mères qui n’ont jamais travaillé et des “carriéristes” désenchantées en quête de sens.

Haneïa Maurer, ancienne candidate de télé-réalité en France, est devenue influenceuse traditionnelle en 2023. Elle adresse désormais un contenu conservateur à ses 253 000 abonnés français, gagnés au fil de ses émissions télévisées. La trentenaire filme son quotidien de femme mormone en Utah, aux États-Unis. Elle se met en scène assise dans son salon ou occupée aux tâches ménagères dans des vidéos où elle tient des discours anti-avortement. D’autres vont plus loin et discutent en allaitant leur enfant, créant un lien de proximité avec leurs abonnés. Haneïa Maurer revendique s’épanouir en s’occupant de sa maison et de son mari. Ses vidéos sont monétisées grâce aux vues et à la publicité.

Des femmes soumises à leurs maris

« On voit des femmes douces qui créent des liens familiaux et d’intimité avec leur audience », souligne Simone Deslarzes. Pourtant, derrière cette façade vantant une vie simple et saine se cache souvent une activité commerciale lucrative. Ainsi, l’influenceuse identitaire Thaïs d’Escufon, incarnation française de l’anti-féminisme suivie par un large public – presque exclusivement masculin, à l’instar de celui des tradwives – vend une formation en ligne destinée aux hommes. Prix de cette “masterclass charisme” de trois mois, promettant “un regain de confiance et la réussite en amour” : 2 000 euros. « Ces femmes sont très suivies, notamment par des hommes, complète Simone Deslarzes. Elles sont belles et vendent une image qui conforte ces derniers dans leur représentation de la femme. »

Des idées rétrogrades, une atmosphère intimiste

Sur les réseaux sociaux, les tradwives n’admettent jamais qu’elles adhèrent aux idées conservatrices et anti-féministes. Pourtant, leur discours rejoint l’idéologie nationaliste, blanche et suprémaciste. Selon Simone Deslarzes, le discours politique qu’elles véhiculent en sous-main est dangereux : « Elles affirment que ce sont leurs valeurs et non de la politique. Officiellement, elles sont suivies pour leurs cookies et non pour leurs propos. » Par ailleurs, l’esthétique de leur contenu romantise des idées extrémistes. Leurs vidéos, toujours plus travaillées, pourraient mettre en péril des décennies de lutte féministe.

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