Tout commence en 2021. Lia*, âgée de 14 ans, perd son frère et sa sœur dans un accident. « C’est ça qui l’a fait vriller », décrypte Stella*, l’éducatrice qui suit depuis quelques mois son dossier. Lia a une relation conflictuelle avec sa mère et son beau-père la bat. L’Aide sociale à l’enfance (ASE) intervient.
Une relation d’emprise
La jeune fille est placée dans un foyer pour mineurs. Sous l’influence d’une autre adolescente, Lia commence à se prostituer. Pour tenir le coup, elle fume du cannabis, inhale des ballons d’azote et fugue à répétition. « Elle revenait seulement pour manger et dormir. Donc la juge a décidé de ne pas renouveler le placement », relate Stella. Peu après, Lia rencontre son petit ami, Gabriel* et part vivre chez lui. Les deux premiers mois, elle voit tout en rose : quelqu’un prend enfin soin d’elle. Puis la relation devient cauchemardesque. C’est au tour de Lia de ramener de l’argent, d’offrir des cadeaux.
Toute la journée, l’adolescente enchaîne les passes, sans le dire à Gabriel. Il récupère chaque centime de ce qu’elle gagne. Il lui vole son téléphone. Lia n’a plus le droit de sortir la nuit, ni de se maquiller. Gabriel la frappe. Pendant cinq mois, personne n’a de nouvelles de la jeune femme. Jusqu’à ce que le foyer de Stella soit mandaté par l’ASE pour instaurer un suivi dit “externalisé”, à domicile.
La prostitution la tue petit à petit
« Même avec ce mandat, nous n’avions rien pour la retrouver. Ni numéro de téléphone, ni adresse », souligne l’éducatrice. C’est finalement grâce au bouche-à-oreille que Stella obtient le Snapchat de Lia. « Je suis allée la rencontrer avec mon collègue, Julien*. Elle était choquée qu’un homme lui dise que non, ce n’est pas normal de se faire utiliser, frapper. » Pour l’adolescente, la masculinité est synonyme de souffrance. « Lia a été violée trois fois, séquestrée… Cette gamine a tout vécu, tout subi. »
L’état de santé de la jeune fille se dégrade. Lia a perdu 20 kg, « c’est un squelette ». La drogue la tue à petit feu. Elle a une démarche saccadée, des paralysies et des pertes de mémoire. « Il lui faudrait vraiment une aide médicale mais Lia n’a ni papiers, ni carte vitale. » Stella prend la décision de remplir un formulaire de fugue préoccupante. « J’ai vu une photo d’elle quand elle avait 14 ans. C’était une jolie jeune fille, pétillante. Ses bulletins scolaires étaient bons. Là, ce n’est plus qu’une loque humaine. »
« Droit vers la mort »
Le cas de Lia est hautement alarmant. « Gabriel la fracasse pour une clope, alors s’il découvre qu’elle se prostitue, il va la tuer. Lia n’est plus que l’ombre d’elle-même. Elle se dirige tout droit vers la mort. » Lia semble prendre petit à petit conscience de sa situation. « J’ai l’impression qu’elle n’est pas loin d’être prête à quitter Gabriel. » Dans ce cas-là, un séjour de rupture est recommandé. Il s’agit d’envoyer la mineure dans une autre région pour qu’elle puisse se reconstruire doucement. « Le problème, c’est que Lia a bientôt 18 ans. Le département ne finance presque jamais les mesures de rupture pour les jeunes majeurs. » Si la jeune femme arrive enfin à sortir de l’emprise qu’elle subit, ce sera à elle de financer son départ, sa guérison. Mais Lia n’a plus rien, Gabriel lui a tout pris.
* Les prénoms ont été modifiés.





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